Une fois n’est pas coutume… je ne résiste pas à la tentation de faire un petit post en français pour parler d’un bouquin très intéressant qui mériterait une large diffusion en France. Il s’agit de “The Lean Startup” écrit par Eric Ries, un jeune ingénieur et entrepreneur américain.

Depuis un peu plus de trois ans, Eric est un des principaux évangélistes de mouvement Lean Startup. Ce mouvement, devenu très influent en Amérique du Nord, n’a malheureusement encore qu’un très faible écho en France alors que ses principes sont véritablement universels.
A startup is a human institution designed to deliver a new product or service under conditions of extreme uncertainty - Eric Ries
Cette définition est le véritable point de départ du livre car elle met en évidence les caractéristiques essentielles de l’activité entrepreneuriale : créer une organisation capable de fournir un produit ou un service pour un marché incertain.
L’objectif du livre d’Eric est de développer une méthodologie permettant de réduire fortement les risques associés à cette activité entrepreneuriale. Les principes à retenir peuvent s’organiser autour de cinq thèmes principaux :
1. Se lancer en définissant un “minimum viable product” le plus restreint possible
Eric reprend une belle expression de Peter Drucker :“There is nothing so useless as doing efficiently that which should not be done at all.”
Partant de l’idée à l’origine du projet d’entreprise, tout entrepreneur doit donc définir un minimum viable product (MVP) le plus restreint possible afin de pouvoir tester le plus rapidement possible la pertinence de son idée.
Prenant un exemple dérivé de son expérience de CTO chez IMVU, Eric explique comment il a travaillé pendant six mois d’arrache-pied avec son équipe pour produire une première version du produit avant de s’apercevoir qu’il n’avait aucun client potentiel. Il se rend ainsi compte qu’il aurait pu être plus malin et efficace de tester le concept grâce à une simple landing page fictive permettant de jauger un premier intérêt du consommateur cible !
2. Valider son hypothèse client le plus tôt possible et pivoter si nécessaire
Pour Eric, il est essentiel de tester son MVP le plus rapidement possible en utilisant des faits objectifs et de comportements clients et non de simples opinions ou déclarations d’intérêt.
Ainsi des entretiens réalisés avec des clients de IMVU ont permis de comprendre les erreurs du concept initial et réaligner le produit sur les besoins réels des clients, “pivotant” ainsi le modèle très tôt lorsqu’il y avait encore du temps et de l’argent disponible…
3. Utiliser des instruments de mesure objectifs pour mesurer ses progrès
The Lean Startup insiste fortement sur la nécessité d’éviter des vanity metrics tels que les visiteurs uniques ou le CA réalisé pour juger du succès d’une startup qui ne permettent pas de guider les actions du management.
Selon Eric, il est possible de mesurer la viabilité d’une startup à partir d’échantillons très petits et d’un petit nombre d’indicateurs bien choisis. Il raconte notamment qu’une campagne Adwords de 5$ par jour était suffisante pour permettre le réglage initial de IMVU en terme de conversion, de churn et de monétisation. Il explique aussi l’importance de réaliser cette analyse en “cohorte” afin de mettre clairement en évidence les progrès réalisés mois par mois.
Une partie particulièrement intéressante du livre rend compte des metrics devant être choisi par une startup en fonction de son “moteur de croissance” fondé sur la fidélisation (sticky engine of growth), la viralité (viral engine of growth) ou l’acquisition payante (paid engine of growth).
4. Poursuivre une stratégie d’itération produit rapide et rigoureuse
Un des thèmes centraux du livre porte sur la nécessité d’une stratégie de continuous deployment consistant à faire des dizaines de mises à jour quotidiennes (principe des small batches) afin d’éviter de passer trop de temps à développer des fonctionnalités qui ne correspondent pas à un besoin réel.
Pour Eric, cette stratégie d’itération rapide et ciblée permet de tester de façon fine l’impact des changements réalisés grâce à l’utilisation de split testing. En déployant la nouvelle version sur une partie de la population et en la comparant à un groupe de contrôle, il est facile de mesurer l’impact du changement de façon précise et de décider soit de la déployer à l’ensemble des utilisateurs soit de l’éliminer afin d’éviter d’empiler des fonctionnalités inutiles dont l’utilisateur n’a aucun besoin.
5. Travailler de façon transversale et apprendre de ses erreurs
Les aspects organisationnels nécessaires à une lean startup sont également fortement mis en avant par Eric Ries qui considère essentiel que les équipes produit et développement travaillent ensemble de façon très étroite et que les metrics utilisés soient simples, partagés et compris par toute l’organisation. Dans la vision d’Eric, il est essentiel que les développeurs puissent aussi être en contact avec le client final et qu’il participe aux décisions concernant les évolutions du produit.
Dans une philosophie directement inspirée des principes du lean manufacturing pratiquées dans des entreprises comme Toyota, Eric développe aussi une stratégie fondée sur une analyse exhaustive (five whys) permettant d’analyser les causes fondamentales de tout incident et d’en éliminer la cause profonde. Il argumente de façon très convaincante qu’un incident technique cache le plus souvent un problème d’organisation ou de formation et insiste que l’organisation doit accepter de faire des erreurs afin de nourrir son processus d’amélioration continu : “... mistakes and failures must be viewed as an opportunity to get better.”
En résumé, un excellent livre, clair et bien écrit, qui devrait servir de guide pour tout entrepreneur cherchant à diminuer ses risques et à augmenter ses chances de succès ! Il sera sans doute plus pertinent pour des entreprises du secteur digital mais il contient aussi des exemples d’expériences d’autres secteurs et montre comment les principes du lean startup peuvent être utilisés pour générer de l’innovation au sein d’entreprises plus importantes.
A quand une traduction en français ?